BangBang : bangbangblog.com

Rien à dire

FIJM – Keith Jarrett à la Salle Wilfrid-Pelletier : patience…

julieb
7 juillet 2010

Samedi, Keith Jarrett, Jack DeJohnette et Gary Peacock ont offert une prestation très attendue à la Place-des-Arts dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal. Prestation offerte, mais à quel prix? (environs 80-90$, je crois, plus taxes et frais de service). Et à celui d’un immense malaise à la fin du concert, qui aura malheureusement fait jaser davantage que la performance des trois monuments.

Monsieur Jarrett a toujours eu de légers troubles de personnalité ET est une légende du jazz. Parait-il qu’il ne tolère même pas que l’on tousse dans la salle lorsqu’il s’adonne à son art, c’est donc dire. Avant que le concert ne débute, on nous prévient qu’à la demande des artistes, il est interdit de filmer ou de prendre des photos. Quelqu’un à ma droite chuchote à sa voisine qu’il peut même interrompre le spectacle s’il en a envie. Lors du concert, Jarrett n’a pas dit un mot au public, et s’est tenu dos à la foule, ce qui fait contraste avec le concert chaleureux de Jack DeJohnette de vendredi dernier.

Samedi soir, nous avons eu droit à un premier set d’une cinquantaine de minutes ou moins, puis, à une deuxième partie qui aura duré environs 35 ou 40 minutes, qui a coupé court alors que le trio semblait  être parfaitement réchauffé. Lorsque j’ai vu les trois musiciens se lever pour saluer la foule, je n’en croyais pas mes yeux, me disant qu’ils allaient nous offrir un, deux rappels, peut-être davantage. Puis, ils sont sortis, sont venus saluer, sont ressortis et sont venus resaluer (à ce moment là, j’y croyais de moins en moins) et puis, tout à coup, Keith Jarrett est allé au micro, placé sur le côté de la scène, alors que tout le monde criait encore! encore!  : « Si vous, là-bas, éteigniez votre goddamn camera, je reviendrais! ». Le photographe en question a pris sa photo durant le salut, et il était pratiquement au fond de la salle. Silence, étonnement, cris. Ils quittent la scène sans un mot,  hués par une partie du public. Nous sortons, mal à l’aise.

Dans les critiques, on ne parle que très peu de la perfo de Keith Jarrett, impeccable. On se demande plutôt : est-ce «l’imbécile» qui a pris la photo malgré les interdictions qu’il faut blâmer, ou l’artiste et ses caprices, qui semblent à priori injustifiés? Le fait d’être une légende justifie-t-il ce genre de comportement? Se fait-il soigner pour ses problèmes, ou alimente-t-il la légende en en remettant? Lorsque l’on joue depuis des décennies et que l’on parcourt le monde, ce ne sont pas les petits événements, les petites anecdotes, les spécificités de l’endroit, comme le bruit de fond dans la salle,  les gens qui crient, qui sont turbulents, comme le fait de dialoguer avec le public, qui font que chaque concert est intéressant pour l’artiste? De toute façon, à mon avis, le public a le dernier mot…

Quelques mots sur le concert. Moi qui voulait entendre Jack DeJohnette dans une ambiance plus dépouillée, plus intime, j’ai été bien servie. Son jeu est beaucoup mieux mis en valeur avec ce trio qu’avec son Group, qui s’est produit jeudi dernier à la Salle Jean-Duceppe. Gary Peacock, quant à lui, est invincible derrière sa contrebasse. Keith Jarrett, de son côté, est presque toujours debout, arqué au-dessus de son piano, et lâche souvent des cris lorsqu’il joue. Moment cocasse : il a semblé avoir un blanc de mémoire, ne sachant sur quelle note commencer et c’est DeJohnette qui l’a aiguillé. Rires dans la salle et sur scène.

Vais-je le revoir un jour? Peut-être. Suffit d’être patiente. Ou prête à tout.

D’ici là, on se gâte avec The Köln Concert, un album live entièrement improvisé, enregistré en 1975 à Cologne.

ou My Foolish Heart (live à Montreux), paru en 2007.

Un commentaire

Rien à dire

julieb

www.grenadine.bandcamp.com

À propos

RUBRIQUES