BangBang : bangbangblog.com

Rien à dire

FIJM – The Jack DeJohnette Group au Théâtre Jean-Duceppe : performance

julieb
3 juillet 2010

Un concert sous le signe de la simplicité…mais c’est pas si simple que ça.

C’est toujours particulier, d’assister à un concert d’une légende comme Jack DeJohnette. Âgé de près de 70 ans, le batteur originaire de Chicago, qui a joué avec Miles Davis, entre autres (entre autres n’aura jamais été aussi bien utilisé),  nous impressionne par son calme et des passes incroyables, donnant l’impression de fournir autant d’effort qu’il en est nécessaire pour respirer, le haut de son corps n’oscillant pratiquement pas. Il nous a simplement et humblement adressé quelques mots, en français, mais surtout en anglais, remerciant chaleureusement le Festival et présentant ses musiciens à plusieurs reprises. Il a également donné quelques précisions sur les pièces qu’ils allaient interpréter.

Sur scène, DeJohnette est accompagné de George Colligan aux claviers, de Rudresh Manhathappa au sax alto, de David Fiuczynski à la guitare électrique et de Jerome Harris à la basse acoustique et parfois électrique.

J’aurais apprécié l’entendre de façon plus dépouillée. Parce que j’avais l’impression de voir non pas un groupe,  mais bien cinq musiciens, cinq tableaux, cinq monuments en soi, DeJohnette étant probablement le plus effacé d’entres eux. Ce sont des feature, tout le temps des feature. Vers le dernier tiers du spectacle, les musiciens ont commencé à avoir une légère complicité apparente (lorsque le groupe a interprété de nouveaux titres, et Blue, dédiée à l’épouse de DeJohnette), sortant de leur bulle pour échanger quelques regards, hochant la tête sur le rythme des cadences interprétées par leurs confrères, à l’exception peut-être d’Harris, très présent dès les débuts du concert, les yeux rivés sur Monsieur DeJohnette, comme une vraie machine (et qui nous a épaté en utilisant aussi sa voix comme instrument).

Parce qu’on n’a eu droit non pas à de classiques solos jazz, mais à de véritables cadences, exercises de virtuosité dans lesquels les autres musiciens cessent complètement de jouer pour laisser place à l’instrumentiste vedette (surtout le saxophoniste, dans ce cas-ci). DeJohnette, quant à lui, nous a offert de trop rares solos de percussion (deux ou trois), mais un, particulièrement fascinant, au mélodica.

Le concert était inégal dans l’intensité (musicalement parlant), mais le public n’a pas manqué une seule note, fasciné par l’ambiance particulière et le jeu des musiciens. Ces derniers, quant à eux, avaient la pédale dans le tapis d’un bout à l’autre. Une performance. Et du charisme, beaucoup de charisme.

Sinon, quand je vois une «cage» de synth, je me méfie d’emblée. Avec raison. Claviériste génial, George Colligan nous a impressionné par son jeu au piano, ses lignes époustouflantes et son inépuisable entrain. Mais il nous a tout de même garoché d’insupportables pads de synth, une main sur le Yamaha, l’autre sur le Nord Stage, et des lignes de sons étranges qui se mêlaient difficilement au jeu des autres musiciens,  n’utilisant que trop peu le grand piano qui se trouvait derrière lui. C’est d’ailleurs dans les quelques moment où il l’utilisait que le tout était plus cohérent, plus dosé.

Rudresh Manhathappa, de son côté, est un véritable athlète du sax, qui attendait patiemment son moment pendant que ses confères continuaient de jouer. Même chose du côté du guitariste David Fiuczynski, qui alternait entre la guitare à manche double et celle à un manche. Il ajoutait une touche de non-jazz au jeu de DeJohnette et de Jerome Harris, un peu de rock ou de prog, un brin oriental peut-être, je ne saurais dire.

Un mot sur la sono. Lorsque l’on se trouve dans une salle de cette envergure, on s’attend à une acoustique impec. D’autant plus que le concert a commencé avec plus de 30 minutes de retard, faisant poireauter l’assistance à l’extérieur de la salle. Des problèmes techniques sont survenus au début du concert, faisant en sorte que le technicien de scène se déplaçait sans cesse. En fait, pendant les passages les plus calmes, on entendait carrément les amplis des musiciens, ce qui était très agaçant. Aussi, j’avais la curieuse impression que le sonorisateur montait le volume des musiciens lorsque ceux-ci faisaient des solos, ce qui est un peu inutile. Enfin, les synthé et la guit étaient beaucoup trop forts par rapport au drum (monsieur DeJohnette se fondait, voire disparaissait derrière ses musiciens, trop souvent) et à la basse acoustique. Encore une fois, manque de dosage entre les instruments acoustiques et les instruments électriques. J’avais l’impression que le concert se donnait devant moi,  mais pas pour moi, jamais directement dans mes oreilles.

Sinon, on s’est croisés, juste avant, sur Saint-Catherine. Lui, dans une van Légaré, moi, courant parce que je croyais être en retard. Échange de regards.

On se reverra très bientôt puisque Monsieur DeJohnett remontera sur scène ce soir, à la Salle Wilfrid-Pelletier, avec Gary Peacock et Keith Jarrett à 19h30.

Programmation complète au http://www.montrealjazzfest.com/

Pas encore de commentaire.

Rien à dire

julieb

www.grenadine.bandcamp.com

À propos

RUBRIQUES