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Rien à dire

École supérieure de théâtre de l’UQAM : Des grains de sable et des hommes

julieb
15 avril 2010

Jusqu’au 17 avril, l’École supérieure de théâtre de l’UQAM présente Des grains de sable et des hommes, deux courtes pièces de Marivaux, soit La Colonie suivie de L’Île des Esclaves, toutes deux ayant pour thème l’insularité et la lutte pour l’égalité, et dans lesquelles la révolution va avorter.

Dans la première, ce sont deux femmes, Mme Sorbin (une femme d’artisan, interprétée par Marie-Pier Marcotte) et la noble Arthénice (Audrée Bastien), qui s’unissent afin de renverser la vapeur avant de coloniser l’île, c’est-à-dire rédiger leurs propres lois sans les hommes et sans leurs époux. Elles réussissent à réunir les femmes de l’île dans une assemblée et à les convaincre de faire la loi, mais ces dernières ne peuvent se résoudre à mettre de côté leur coquetterie (Sorbin et Arthénice veulent s’enlaidir afin de se révolter), abandonnant ainsi les deux amies face à leur entreprise. À la fin, le notaire Hermocrate (Vincent Pascal) use de stratégie : il consent à ce que les femmes rédigent les nouvelles lois de l’île. Sauf qu’Arthénice et Mme Sorbin ne peuvent s’entendre et finissent par abandonner, leurs classes sociales et leur différentes conceptions de la société et de la féminité ayant eu raison de leur projet révolutionnaire, sans compter leur incapacité à manier le mousquet. Persinet (Gabriel Léger-Savard) et Lina Sorbin (Mireille Camier) forment le jeune couple déchiré par la révolte et la passion et François-Olivier Aubut interprète M.Sorbin, atterré par le caractère rebelle de son épouse.

L’île des esclaves, c’est une île au large d’Athènes ou les esclaves, révoltés, échangent de rôle et de nom avec leurs maîtres, ces derniers se voyant ainsi humiliés et soumis à ceux à qui ils avaient réservé le même sort auparavant. Lorsqu’Iphicrate (Gabriel Léger-Savard) et son esclave Arlequin (Simon Fournier), ainsi qu’Euphrosine (Isabelle Montpetit) et sa servante Cléanthis (Geneviève Doyon) font naufrage sur l’Île et rencontrent le maître Trivelin (Emmanuel Hippolyte) et les autres insulaires, les rôles sont donc inversés. Mais Arlequin a tôt fait de vouloir reprendre sa place, après avoir fait le procès de son ancien maître, et après lui avoir pardonné. Cléanthis apprécie sa nouvelle coquetterie mais pardonne aussi à sa maîtrsse. Tout le monde est renvoyé à Athènes et l’anarchie est évitée par le pardon : « Vous avez été leurs maîtres, et vous avez mal agi ; ils sont devenus les vôtres et ils vous pardonnent ; faites vos réflexions là-dessus. La différence des conditions n’est qu’une épreuve que les dieux font sur nous » .


PHOTO: www.marcandregoulet.com

Lorsqu’il s’agit de Marivaux, c’est le niveau de langue qui semble étonner les spectateurs et les interprètes, même lors de son époque. Pour l’acteur, c’est un exercice imposant. Dans le programme, Audrée Bastien donne son impression : « C’est probablement le niveau de langue le plus soutenu qu’un comédien puisse rencontrer en terme de prose. Non seulement Marivaux est-il capable d’écrire des phrases de cinq lignes qu’il faut soutenir jusqu’au bout, mais sa langue est si riche qu’aucun relâchement de la diction et du tonus ne saurait passer inaperçue » . Les étudiants de deuxième année en jeu réussissent le défi haut-la-main, c’est-à-dire d’interpréter et de faire comprendre ces textes classiques, sans aucun accro.


PHOTO: www.marcandregoulet.com

La mise en scène de Markita Boies est des plus efficaces et rend ces deux courtes pièces divertissantes au possible. Cette dernière tenait à respecter le style classique, un passage obligé pour les étudiants en art dramatique. Le décor (signé Maxime Dion) en bois rappelle d’ailleurs les scènes des théâtres italiens du 18ième siècle et les costumes (conception de Sarah Sloan) ont fait l’objet d’une recherche particulière : toutes les interprètes ont reçu un véritable corset fait à leurs mesures et ont donc du apprendre à bouger, à respirer et à parler avec ce carcan. Un tour de force pour de jeunes femmes habituées aux leggings et aux t-shirts! On a aussi laissé de côté les masques et les accessoires superflus, afin de mettre l’emphase sur les dialogues.

Contrairement à plusieurs productions étudiantes, la distribution est peu nombreuse, ce qui donne un esprit de cohérence et évite les figurants inutiles. Malheureusement, comme dans toute production étudiante, on n’échappe pas au travestissement de certains personnages, ce qui donne un aspect dérisoire lors de certaines scène (comme l’assemblée dans La Colonie), mais comique, d’autant plus que cela devait être aussi le cas à l’époque. Enfin, les congas et les chants psalmodiques n’apportent rien en tant que tels et rejoignent bien les préjugés que l’on entretient envers les étudiants de théâtre, mais la danse constitue une jolie finale.

Des grains de sable et des hommes : La Colonie et l’Île des Esclaves de Marivaux. Mise en scène : Markita Boies. Une production dirigée de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM.

Au studio d’essai Claude-Gauvreau (J-2335), 2ième étage, Pavillon Judith-Jasmin. 5$ (billetterie de l’UQAM). www.theatre.uqam.ca . Jusqu’à samedi le 17, à 20h tous les soirs, matinée le 16 avril à 14h. À venir : Les femmes de bonne humeur, mise en scène d’Alice Ronfard du 21 au 24 avril.

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