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Rien à dire

FIFA, jour 3: musiques du monde

julieb
23 mars 2010

En cette troisième journée du Festival International du Film sur l’Art, deux documentaires portant sur des musiques totalement opposées ont attiré de nombreux curieux à la petite salle du Cinéma ONF par un dimanche soir frisquet : La musique, avenir du Vénézuela : El Sistema, de Paul Smaczny et Maria Stodtmeier (2008) et The Real World of Peter Gabriel (2009), réalisé par Dieter Zeppenfeld et Georg Maas. Bien que nous étions principalement venus pour le second, c’est le premier documentaire qui nous a captivé. Ces deux films seront présentés à nouveau demain (mercredi) à 21h au Cinéma J.A. DeSève de l’Université Concordia.

La musique, avenir du Vénézuela : El Sistema trace un portrait du Sistema, ce réseau de centres de formation musicale et d’orchestres qui s’étend partout au Vénézuéla, un peu comme les Conservatoires au Québec. Sauf que dans ce cas-ci, c’est 184 centres qui ont profondément changé la vie de milliers jeunes (265 000 sont actuellement bénéficiaires de ce programme, toujours en pleine expansion –on vise le million d’ici dix ans). José Antonio Abreu, qui a fondé le Sistema en 1975, à Maracay, nous livre un témoignage émouvant sur les bienfaits de la musique et de son effet rassembleur sur les jeunes d’une société rongée par la violence, la pauvreté et la corruption. La clé, selon lui, c’est le soutien de la famille. Et quelle famille ne voudrait pas voir son enfant apprendre le violon, la contrebasse ou la flûte plutôt que de le voir finir dans la rue au beau milieu d’une fusillade? Le partage et l’intégration sont les deux mots d’ordre du Sistema. Mais on veut d’abord sortir les jeunes de la misère. Ces derniers sont en effet soumis à une discipline de fer lorsqu’ils joignent les rangs du Sistema (souvent vers 3 ans) : des leçons et des répétitions après l’école, du lundi au samedi, de 14h à 18h, parfois plus. Le Sistema leur apprend ainsi non seulement la discipline, mais aussi la vie en société et le travail en équipe.

Un jeune trompettiste, que l’on suit tout au long du documentaire, nous révèle qu’il veut devenir ingénieur, médecin, ou musicien, à l’instar de ses professeurs. Lui et ses camarades ont tous l’ambition de faire des études, chose que leur permettra sans doute leur participation au Sistema. Le documentaire, en plus de nous faire découvrir l’ampleur de ce phénomène musical et social, fait tomber les préjugés sur les fameux bidonvilles, comme ceux de Caracas. Ceux-ci sont habités de gens très pauvres, certes, mais lucides et éduqués, et qui doivent tout de même se barricader chez eux lors des fusillades. On voit d’ailleurs que la misère dans les bidonvilles, grouillants de vitalité et de culture, n’a rien à voir avec celle des dépotoirs, près desquels le Sistema tente difficilement de s’établir. On constate aussi, tout au long du film, que bien que l’on apprenne et que l’on joue de la musique classique dans le Sistema, l’approche latino-américaine est très différente de celle en Amérique du Nord : l’émotion en premier, la technique en deuxième. Celle-ci viendra progressivement si l’on ressent la bonne émotion. L’orchestre du Sistema que l’on voit dans le documentaire, de très haut calibre, interprète parfois de la musique latino lors de ses concerts, et il est très impressionnant de voir tout le monde danser, tant dans la salle que dans l’orchestre, les violons faisant même la vague. On apprend enfin que le Sistema est subventionné à 90% par le Gouvernement du Vénézuela. Dans tes grandes dents, Michelle Courchesne.

The Real Word of Peter Gabriel nous a légèrement déçu. Bien que l’on en apprenne beaucoup sur la demarche en studio de l’ancien membre de Genesis et sur les artistes du monde avec qui il collabore, on dirait qu’il s’agit davantage d’une info-pub pour son étiquette Real World Records (et pour les microphones Shure), du moins, c’est l’impression que nous laisse la réalisation de ce documentaire. On s’attendait à une biographie, on a eu droit à la liste des accomplissements du musicien, des trucs que même une profane en matière de Peter Gabriel comme moi connaissait déjà en grande partie. Non pas que The Real World ne soit pas digne d’intérêt: on y montre du footage des années 1980 ainsi que de plus récents extraits de tournée, de studio et des entretiens avec Gabriel, ses collaborateurs et ses musiciens. On nous présente aussi le site internet de l’organisme Witness, que Peter Gabriel a lui-même fondé en 1992. Pour ceux qui l’ignoraient, Witness est le YouTube des droits humains bafoués. On peut y poster ses propres images de massacres d’activistes dans les manifs, par exemple, et ces images sont souvent reprises dans les médias du monde entier ou par la justice.

Peter Gabriel a commencé à s’intéresser aux musiques du monde au début des années 1980. Sa démarche consiste à faire venir dans son studio à Bath, dans la campagne anglaise, des artistes cambodgiens, sénégalais, pakistanais, sud-africains, etc., afin de les enregistrer et d’intégrer leurs musiques à la sienne. Il s’agit donc de saisir le choc des cultures, puisque certains des artistes avec qui Gabriel collabore n’ont parfois jamais joué devant un micro (Shure). L’enregistrement est évidemment «live» (tous les musiciens jouent en même temps, sans faire de prises séparement), et Gabriel n’a pas de «control room» dans son studio, car il ne veut pas que les musiciens se sentent comme des poissons dans un aquarium. Peter Gabriel nous parle aussi dans le documentaire de l’importance de la lumière qui entre dans son studio (il faut voir le soleil et non pas uniquement les lumières de la console lorsque l’on joue) et du TGV qui passe tout près, lui rappelant où il vit dans le monde, la vraie réalité, quoi. Important : Peter Gabriel ne voit pas du tout son travail avec Real World (dont le catalogue compte plus de 160 parutions) comme un résultat ou un symbole ou de la mondialisation. Il s’agit simplement de la contribution humaine d’un world citizen.

Il y a un côté de préservation dans la démarche de Peter Gabriel. Les artistes avec qui il travaille n’auraient probablement pas eu la chance d’être enregistrés dans leurs pays d’origine et leur musique serait disparue avec eux s’ils n’avaient jamais collaboré avec Peter Gabriel. Le sida, les guerres et les catastrophes naturelles ont en effet eu raison de certains de ses anciens comparses. Peter Gabriel voit le degré de civilisation d’un individu selon où il place la frontière entre le «nous» et le «eux». Éventuellement, comme le fait le musicien, personne ne devrait voir aucune frontière nulle part. Utopie? Inutilité? Relativisme culturel?

Mention aussi au micro-casque de Peter Gabriel et au Segway utilisé lors de ses concerts. Si, un jour, je me rends là…Je parle du micro-casque, évidemment.

www.artfifa.com

À surveiller ce soir au FIFA: Xenakis et Reich au Cinéma ONF à 18h.

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www.grenadine.bandcamp.com

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