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Rien à dire

FIFA, jour 1: bière et compagnie

julieb
20 mars 2010

En cette première journée du FIFA, peu s’étaient déplacés au Cinéma ONF pour assister à la première deux petits bijoux de documentaires : Cayouche, le temps d’une bière du réalisateur Maurice André Aubin et Roger Pelerin, là où l’on s’arrête en passant, de Patrick Pellegrino.

Le premier documentaire, Cayouche, le temps d’une bière (2008), trace un portrait de la superstar acadienne Cayouche, de son véritable nom Réginald Charles Gagnon, le plus grand vendeur de records acadien. Empreint d’une odeur de bière, de cigarette et de gasoline, le film s’ouvre sur une prestation de l’artiste folk entouré de ses musiciens, un 15 août, devant des dizaines de milliers de fans, des jeunes pour la grande majorité qui connaissaient par cœur son répertoire. Celui qui a commencé à quinze ans à gratter la guitare, influencé notamment par Johnny Cash, a choisi son nom car après être né en Acadie et avoir vécu aux États-Unis, il se décrivait alors comme étant «acayouche». Au fil d’un entretien autour d’une bière, Cayouche nous parle de la musique qu’il compose et de la vie. À l’occasion du tournage, le musicien a aussi eu la chance d’aller en France pour la première fois, à 58 ans, afin de se rendre en Normandie dans la ville de ses ancêtres Gagnon. L’avion lui faisait d’ailleurs une peur bleue, non pas pour les hauteurs mais pour la longue privation de nicotine que la traversée de l’Atlantique nécessitait. C’est donc un choc des cultures, autant pour Cayouche que pour nos cousins qui avaient peine à comprendre le parler du drôle de bonhomme à l’apparence singulière, mais qui semblaient apprécier grandement ses chansons. Très ému lors de la visite d’un cimetière canadien en Normandie, Cayouche nous montre aussi de beaux moments de dérision, comme lorsqu’une fillette lui demande un autographe et qu’il lui répond en lui rendant son bout de papier : «Tiens, si tu comprends pas l’écriture, tu l’apporteras à la pharmacie», ou lorsqu’on lui remet la médaille de la ville de Saint-Aubin, en Normandie, qu’il échappe aussitôt. Cayouche sillonne les routes du Nouveau Brunswick et de la France en Harley, toujours prêt à partager une bière ou une tranche de vie. Celui qui affirme que ça prend cinq minutes pour écrire une chanson, mais qu’encore faut-il le trouver, ce cinq minutes, croit que la principale différence entre un Québécois et un Acadien est celle-ci : un Québécois a un pays, un Acadien a un cœur. On ne s’ennuie pas une seconde en écoutant les propos de ce vieux routard plein de sagesse.

Même chose pour Roger Pelerin, là où l’on s’arrête en passant (2009). Soixante-quatorze minutes en compagnie d’un graveur abitibien, allions-nous vraiment être captivés? Puis, on comprend d’où vient ce curieux personnage : Pelerin est l’illustrateur du Manifeste de l’Infonie. C’est également lui a illustré le générique de certains films de son ami Raoul Duguay. À travers la préparation d’une exposition permanente présentée dans un verger en Abitibi, on apprend non seulement sur la gravure et l’art figuratif, mais aussi sur les hauts et les bas de la vie d’un couple d’artistes en région éloignée. Avec son excentrique compagne Renée Cournoyer, une paysagiste qui réalise d’impressionnantes mosaïques et qui n’a pas la langue dans sa poche, Pelerin partage avec nous sa passion immense pour l’histoire et les gens de sa région, qu’il représente dans ses gravures. Celles-ci sont en noir et blanc car il aime bien la recherche d’équilibre que cela nécessite. C’est un plaisir que d’écouter les propos de celui qui aura été malheureusement «dans un état second une bonne partie de sa vie», selon un ami, mais qui est maintenant complètement sobre (on voit Renée Cournoyer avec un verre de bière sans alcool du début à la fin du film). Vivant à l’Île Nepawa, au bord du lac Abitibi (il était allé une fois à Montréal en vingt ans au moment du tournage du documentaire), Pelerin nous apprend que la gravure, c’est trois métiers en un : celui de dessinateur, celui de graveur et celui d’imprimeur. Il nous fait visiter son atelier, nous parle des objets qu’il chérit. L’artiste, qui fuit le circuit des galeries d’art, nous parle de l’importance d’avoir confiance en la vie lorsque l’on vit de son art, de la Providence. Il se questionne aussi : pourquoi les artistes ont-ils toujours à se justifier, à s’expliquer, à mettre en mots leur démarche? Et s’ils ne connaissaient tout simplement pas leur démarche? Pourquoi avons-nous des blocages? Enfin, on comprend un peu mieux le contexte de retour à la terre des années soixante-dix et le rôle de l’art dans ce phénomène dit peace and love. «On commence à mourir dès que l’on vient au monde», affirme sa conjointe. Un film inspirant et réconfortant qui constitue une leçon pour les artistes qui ne peuvent créer ou se montrer sans artifice et sans contexte médiatique. Roger Pelerin, là où l’on s’arrête en passant sera présenté dès le 2 avril au Cinéma Ex-Centris.

Les deux films sont en compétition pour le choix du public.
www.artfifa.com

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julieb

www.grenadine.bandcamp.com

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