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Rien à dire

FANTASIA: Succès et déraison

julieb
19 juillet 2009



Deux longs métrages japonais présentés dans le cadre du Festival Fantasia 2009 ont retenu notre attention. Tout d’abord, GS Wonderland de Ryûichi Honda, un portrait coloré de quatre jeunes musiciens en quête de succès, et Orochi de Norio Tsurata, un drame familial mi-horreur mi-fantastique. Tous deux ont en commun le thème de la déchéance après l’éphémère popularité, le premier se situant toutefois dans un registre beaucoup plus léger que le second.

GS Wonderland raconte l’histoire d’un label japonais à la fin des années 60 qui éprouve quelques difficultés à rattraper la concurrence. À la recherche d’un groupe musical pouvant s’insérer dans la vague des «Groups Sounds» (GS), phénomène populaire au sein duquel des dizaines de calques des Beatles font fureur à cette époque, et afin de faire vendre des centaines de milliers de records sur l’Archipel, la compagnie de disque fait confiance à un jeune manager brillant mais on ne peut plus maladroit. Ce dernier recrute trois garçons dans le vent, mais n’a d’autre choix que de laisser le poste de claviériste à une fille (Chiaki Kuriyama, aperçue notamment dans Kill Bill), ce qui oblige cette dernière à se travestir pour avoir sa place au sein des Tightsmen. Ironiquement, c’est elle que les jeunes filles hystériques vont éventuellement s’arracher. Vinrent le succès durement acquis, la prise de conscience et le retour à l’obscurité pour les quatre compagnons de scène.

Plus qu’un clin d’oeil à une simple anecdote dans l’histoire de la musique, GS Wonderland se situe à la jonction des années 60 et 70, où les «vrais» rockeurs se moquent désormais des vedettes pop, mais où tous évoluent dans l’incertitude d’un succès toujours superficiel qui ne dépend ni d’eux, ni même des fans. La trame est à la fois éclatée et réaliste, voire actuelle: on y dépeint les artifices de l’industrie qui manipule, industrie dans laquelle on devient célèbre aussi facilement et rapidement qu’aujourd’hui, malgré des moyens technologiques et promotionnels légèrement différents. Un film divertissant certes, mais qui pour décrire des succès éphémères n’en finit plus de s’allonger. Une facture visuelle colorée quasi fantasmagorique et une trame sonore décapante soutiennent le scénario parfois simplet et totalement prévisible.

Dans une esthétique beaucoup plus sombre, Orochi, inspiré du manga du même nom, raconte l’histoire de la famille Monzen, où les filles, toutes plus belles les unes que les autres, sont actrices de génération en génération. Toutefois, à 29 ans, ces dernières développent un étrange mal qui les transforme en hideuses créatures. Les deux soeurs Kazusa (Yoshino Kimura) et Risa (Noriko Nakagoshi), qui arrivent à la fin de la vingtaine, tentent d’échapper au sort réservé à leur mère et à leur grand-mère, mais un mystérieux personnage prénommé Orochi gênera leur stratagème.

Pas gore mais pas loin (une scène de transfusion de sang est particulièrement pénible), parfois loufoque, Orochi comporte de belles scènes de crêpage de chignon extrême, des décors et des costumes magnifiques et une distribution impeccable. Seul le personnage d’Orochi laisse perplexe, l’adaptation cinématographique du manga étant peut-être difficile à saisir pour les profanes du genre littéraire. Tout comme dans GS Wonderland, le succès et la réussite (ici, la beauté) sont le leitmotiv des deux protagonistes, et leurs ambitions égoïstes et irrationnelles les conduiront de façon dramatique à leur perte. Les horribles pustules qui accablent les héröines d’Orochi ne sont peut-être que le reflet de la laideur intérieure qui corrompt trop souvent les gens avides de popularité.

Orochi à l’affiche du festival le lundi 20 juillet à 17h.
www.fantasiafestival.com

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julieb

www.grenadine.bandcamp.com

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